Quand notre corps s’accorde au rythme de l’automne

Une invitation à retrouver, avec la médecine traditionnelle chinoise, quelques gestes simples pour accompagner le changement de saison.
J’aime toutes les saisons. Chacune possède sa lumière, son énergie, sa manière bien à elle de nous mettre en mouvement ou de nous ramener vers nous.
Mais je dois reconnaître que l’automne occupe une place particulière dans mon cœur.
Vous l’avez peut-être déjà ressenti à travers mon précédent article consacré à L’Hermite. J’y évoquais cette lumière qui décline doucement à l’extérieur et l’importance de prendre soin de celle que nous portons en nous. L’Hermite nous invitait à ralentir, à nous éloigner un instant du bruit et à éclairer simplement le prochain pas.
Aujourd’hui, j’ai envie de poursuivre cette réflexion, mais en empruntant un autre chemin : celui du corps et de la manière dont il traverse, lui aussi, le changement de saison.
Car l’automne ne se manifeste pas uniquement lorsque les feuilles commencent à tomber ou que le calendrier nous annonce son arrivée.
Il se fait parfois sentir en nous avant même que nous en ayons vraiment pris conscience.
Ressentez-vous, vous aussi, ce changement ?
Peut-être ressentez-vous moins d’envie, moins d’énergie, le moral un peu plus bas, davantage de fatigue, une envie de calme ou le besoin de dormir un peu plus.
Notre premier réflexe est souvent de penser que quelque chose ne va pas. Nous voudrions retrouver rapidement notre énergie habituelle, continuer au même rythme et rester aussi disponibles, actifs et efficaces qu’auparavant.
Il faut dire que le monde dans lequel nous vivons nous laisse peu de place pour faire autrement.
Il faut travailler, produire, organiser, accélérer. Courir après le temps, parfois après l’argent, et recommencer le lendemain comme une histoire sans fin.
Nous vivons comme si notre énergie devait rester identique en janvier, en mai, en août ou en novembre. Comme si les saisons pouvaient changer autour de nous sans rien modifier à l’intérieur.
Pourtant, la nature ne vit pas ainsi.
Elle alterne les périodes d’expansion et de retrait, de croissance et de repos. Elle ne fleurit pas toute l’année. Elle ne produit pas sans interruption.
Et nous appartenons, nous aussi, à cette grande chaîne du vivant.
Alors, si ce que nous prenons parfois pour une baisse de régime était aussi une invitation à changer légèrement de rythme ?
Il n’existe pas qu’une seule manière d’entrer dans l’automne
Pour nous, l’automne météorologique commence le 1er septembre. En 2026, l’automne astronomique débutera avec l’équinoxe du 23 septembre.
Dans le calendrier traditionnel chinois, il commence bien plus tôt, autour du 7 ou du 8 août, avec la période appelée Lìqiū, « l’établissement de l’automne ». L’équinoxe de septembre en représente plutôt le milieu, ce moment particulier où le jour et la nuit retrouvent leur équilibre.
Évidemment, une date inscrite dans un calendrier ne raconte pas exactement ce que nous vivons sous tous les climats.
Cette année, ici dans les Landes, le mois d’août avait encore pleinement le goût de l’été. Mais depuis quelques jours, les matinées sont plus fraîches. Le vent n’a plus tout à fait la même présence. La lumière se transforme et les jours commencent à raccourcir.
Quelque chose change.
Et notre corps le perçoit peut-être avant que notre esprit ne lui donne un nom.

Ce que la médecine chinoise nous raconte de l’automne
Les traditions anciennes se sont construites à partir d’une observation attentive de la nature, du corps et de leurs transformations.
La médecine traditionnelle chinoise nous propose l’une de ces grilles de lecture. Il ne s’agit pas d’en faire une vérité absolue ni de remplacer un avis médical, mais d’écouter ce qu’elle peut encore nous apprendre sur notre rapport aux saisons.
Dans cette tradition, l’automne est associé au mouvement Métal, ainsi qu’au Poumon et au Gros Intestin.
Le Poumon est lié au souffle, à la respiration et à la relation entre l’intérieur et l’extérieur. Le Gros Intestin, qui lui est associé, participe au mouvement d’élimination. Dans une lecture plus symbolique, ce couple nous parle aussi de ce que nous accueillons et de ce que nous acceptons de laisser partir.
L’émotion traditionnellement reliée au Poumon est la tristesse. Non pas une tristesse qu’il faudrait provoquer ou entretenir, mais cette émotion qui accompagne parfois les séparations, les deuils, les changements et la fin d’un cycle.
L’automne peut réveiller une forme de nostalgie. La lumière diminue, l’été s’éloigne, les rythmes changent. Quelque chose se termine tandis qu’autre chose commence à se préparer.
Nous pouvons accueillir ce mouvement sans immédiatement chercher à le faire taire.
Cela ne signifie évidemment pas que toute baisse de moral est « simplement saisonnière ». Une tristesse profonde, persistante ou envahissante mérite d’être entendue et accompagnée. Mais toutes nos variations intérieures ne sont pas nécessairement des anomalies : certaines nous invitent simplement à écouter plus attentivement ce qui se passe en nous.
La sécheresse, climat de l’automne
Dans la pensée chinoise, chaque saison est également associée à un climat. Celui de l’automne est la sécheresse.
Nous pouvons parfois la ressentir très concrètement : la gorge devient plus sensible, le nez ou la peau s’assèchent, l’air frais irrite davantage les voies respiratoires.
La médecine chinoise considère aussi la nuque et le cou comme des zones particulièrement exposées au vent et au froid. Dire que « le froid entre par le cou » appartient à cette représentation traditionnelle ; le froid, à lui seul, ne provoque pas une infection. Mais penser à protéger cette zone lorsque les matinées fraîchissent ou lorsque le vent se lève relève de ces gestes de bon sens que nous connaissions autrefois presque instinctivement.
Ce ne sont pas des remèdes extraordinaires. Ce sont plutôt des évidences que nous avons peu à peu cessé d’écouter : une manière de retrouver un peu de bon sens.

Retrouver quelques gestes simples
Nos maisons restent presque toute l’année à une température relativement constante. Nous trouvons les mêmes aliments en toute saison. Nos emplois du temps, eux aussi, changent rarement lorsque les jours raccourcissent.
Nous nous sommes ainsi éloignés de nombreux repères naturels.
Retrouver le rythme de l’automne ne demande pourtant pas de transformer entièrement notre quotidien. Cela peut commencer par quelques attentions très simples :
prendre quelques respirations conscientes au cours de la journée ;
marcher dehors et observer réellement les changements de la nature ;
nous coucher un peu plus tôt lorsque notre corps réclame davantage de repos ;
alléger, lorsque cela est possible, ce qui surcharge inutilement nos journées ;
aérer notre intérieur, mais aussi faire du tri, alléger notre espace et laisser partir le superflu avant l’hiver.
Prendre soin de soi ne commence pas nécessairement lorsque nous sommes malades. Cela commence aussi dans ces petits ajustements qui disent à notre corps : « J’ai remarqué que quelque chose change, et je vais t’accompagner. »
Prendre soin de soi de l’intérieur

Lorsque les températures baissent, beaucoup d’entre nous retrouvent spontanément l’envie de plats plus chauds, plus cuits et plus réconfortants.
La diététique chinoise nous invite à accompagner ce mouvement en privilégiant davantage les soupes, les bouillons, les légumes cuits, les compotes ou les fruits légèrement mijotés.
À l’automne, elle accorde aussi une place particulière aux aliments blancs, couleur associée au Métal : la poire, le riz, le navet, le radis blanc, le chou-fleur, le poireau, l’oignon ou encore les champignons.
Il ne s’agit pas d’une liste d’aliments obligatoires ni d’un régime à suivre. Nous pouvons simplement nous demander : qu’est-ce qui me nourrit vraiment en ce moment ? Qu’est-ce qui me réchauffe ? Après quel repas mon corps se sent-il apaisé plutôt qu’alourdi ?
Dans la tradition chinoise, une consommation excessive de laitages est parfois considérée comme susceptible de favoriser ce qu’elle appelle l’humidité et les mucosités. Cela ne signifie pas que les laitages produisent automatiquement davantage de mucus ni qu’ils doivent être supprimés pour tout le monde.
L’invitation est simplement d’observer ce qui est bon pour soi.
Comment est-ce que je me sens lorsque j’en consomme beaucoup ? Et si j’essayais d’en consommer un peu moins, simplement pour voir comment mon corps réagit ?
Notre corps n’a pas toujours besoin d’interdits. Il a souvent besoin que nous redevenions attentifs à ses réponses.
S’accorder plutôt que s’imposer
S’accorder au rythme de l’automne ne signifie pas arrêter de vivre, renoncer à nos projets ou passer les prochains mois repliés sur nous-mêmes.
S’accorder, comme on accorde un instrument, c’est écouter la note qui sonne juste aujourd’hui.
Notre énergie ne disparaît pas nécessairement : elle change peut-être de direction. Après l’expansion de l’été, elle nous ramène progressivement vers davantage d’intériorité, de discernement et de présence.
Nous pouvons continuer à avancer, mais peut-être autrement.
Avec un peu moins de précipitation.
Avec davantage d’écoute.
Avec des repas qui réchauffent, du repos lorsque nous en avons besoin, un souffle plus conscient et quelques gestes simples pour protéger notre corps.
Si j’ai eu envie d’écrire cet article aujourd’hui, ce n’est pas pour ajouter de nouvelles règles à celles que nous essayons déjà de suivre.
C’est pour nous rappeler que prendre soin de soi peut être beaucoup plus simple.
C’est parfois cuisiner quelque chose qui réchauffe à la fois le corps et l’esprit : une soupe, une pomme ou une poire cuite. Éteindre un peu plus tôt. Respirer. Faire de la place autour de soi. Reconnaître une tristesse sans immédiatement la repousser. Accepter que notre énergie ne soit pas la même tous les jours ni à toutes les saisons.
Peut-être que notre corps, lui, n’a rien oublié.
Peut-être attend-il simplement que nous nous souvenions de l’écouter, pour nous accorder de nouveau au rythme de la vie.
Et vous, qu’est-ce que l’arrivée de l’automne vient doucement changer dans votre rythme ?
Aline Peres — Se comprendre. Se choisir. Vivre.




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