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La Justice : apprendre à vivre avec plus de justesse

  • Photo du rédacteur: ALINE PERES
    ALINE PERES
  • il y a 20 heures
  • 11 min de lecture

Quelle journée idéale pour vous parler de l'arcane de la Justice.




Nous sommes le 8 août 2026.

Une journée profondément marquée par l'énergie du 8, que j'aime aujourd'hui faire résonner avec l'arcane VIII du Tarot : La Justice.

Et s'il est un arcane qui ne nous permet pas vraiment de détourner le regard, c'est bien celui-ci.

La Justice nous regarde droit dans les yeux.

Elle ne nous demande pas si nous avons été sages. Elle ne vient pas distribuer les bons et les mauvais points.

Elle nous pose une question beaucoup plus exigeante :

Où en êtes-vous, aujourd'hui, avec ce qui est juste pour vous ?

Car derrière son apparente rigidité, la Justice parle moins de jugement que de justesse.

Elle parle d'équilibre, de vérité, de responsabilité, de discernement. Elle nous invite à regarder ce que nous faisons de notre vie, ce que nous nourrissons, ce que nous acceptons, ce que nous refusons, et les conséquences des choix que nous faisons, ou parfois de ceux que nous ne faisons pas.

Regardons-la.

Dans une main, elle tient la balance.

Dans l'autre, l'épée.

Et entre les deux… il y a nous.


La Justice nous regarde en face

Il y a quelque chose de presque troublant dans la Justice : son regard.

Elle est là, assise face à nous, droite, stable, ancrée. Elle ne détourne pas les yeux. Elle ne semble ni nous séduire, ni nous rassurer, ni nous condamner.

Elle regarde.

Et peut-être est-ce déjà son premier enseignement.

Avant de vouloir rétablir l'équilibre, encore faut-il accepter de regarder ce qui est déséquilibré.

Nous savons parfois très bien ce qui ne fonctionne plus dans notre vie.

Une relation dans laquelle nous nous sommes oubliés.

Un travail qui ne nous correspond plus.

Une limite que nous n'avons pas osé poser.

Une décision que nous repoussons.

Une situation que nous continuons à accepter alors qu'au fond de nous, quelque chose sait déjà.

Mais regarder véritablement demande du courage.

Parce que voir nous rend responsables de ce que nous ferons ensuite.

La Justice ne nous demande pourtant pas de nous accuser. Elle ne nous demande pas davantage de désigner un coupable.

Elle nous invite à la lucidité.

À regarder ce qui est là sans l'embellir, sans le dramatiser et, autant que possible, sans nous raconter une histoire qui nous permettrait de ne pas voir.

C'est peut-être là que commence la justesse.



La balance : qu'est-ce que je suis en train de nourrir ?

Dans sa main gauche, celle de la réceptivité, la Justice tient une balance.

Et cette balance me semble poser une question très simple :

Comment circule la vie dans ma vie ?

Qu'est-ce que je donne ?

Qu'est-ce que je reçois ?

Quelle place prend mon travail ?

Quelle place reste-t-il pour ceux que j'aime ?

Et quelle place est-ce que je m'accorde à moi-même ?

Je peux être très présente pour les autres et ne plus entendre mes propres besoins.

Je peux vouloir prendre soin de ma vie intérieure tout en oubliant qu'il existe aussi une réalité très concrète : un corps à respecter, un quotidien à organiser, des responsabilités à assumer, parfois des factures à payer.

L'équilibre dont parle la Justice n'est pas un équilibre parfait.

La vie ne se répartit pas proprement en deux plateaux identiques.

Il y aura des périodes où notre famille demandera davantage de nous. D'autres où le travail prendra beaucoup de place. Des moments où nous aurons besoin de nous retirer, et d'autres où il faudra revenir pleinement dans le monde.

La question n'est donc peut-être pas :

« Est-ce que tout est parfaitement équilibré ? »

Mais plutôt :

« Est-ce que l'équilibre dans lequel je vis aujourd'hui est encore juste pour moi ? »

Et il y a quelque chose que j'aime particulièrement dans cette balance : elle est tenue par une main humaine.

Elle peut donc être influencée.

Nous aussi.

Nous pouvons parfois peser une situation en ayant déjà décidé du résultat. Chercher les arguments qui confirment ce que nous voulons croire. Être extrêmement indulgents avec nous-mêmes sur certains sujets et terriblement sévères sur d'autres.

La Justice nous demande alors une forme d'honnêteté beaucoup plus subtile :

Est-ce que je cherche vraiment ce qui est juste… ou est-ce que je cherche à avoir raison ?




Puis vient l'épée

Lorsque nous avons regardé, lorsque nous avons pesé, vient parfois le moment de choisir.

C'est là qu'intervient l'épée.

Elle se trouve dans la main droite, celle de l'action.

Elle tranche.

Mais toute la subtilité de la Justice est là :

elle ne tranche pas avant d'avoir pesé.

Et je trouve cet ordre essentiel.

Lorsque nous coupons sous l'effet de la colère, de la peur, de la frustration ou de la blessure, nous pouvons croire que nous sommes en train de rendre justice alors que nous sommes simplement en train de réagir.

« Tu m'as blessé, je te raye de ma vie. »

« Je suis déçu, alors je ferme la porte. »

« Je me sens trahi, alors je condamne. »

L'épée de la Justice n'est pas cette épée-là.

Elle représente la capacité à dire :

Voilà ce que je vois.

Voilà ce que je ressens.

Voilà ce que je ne peux plus accepter.

Et voilà la décision que je choisis de prendre.

Parfois, cette décision consistera à partir.

Parfois à rester.

Parfois à réparer.

Parfois à poser une limite.

Et parfois, chose beaucoup plus difficile, à reconnaître notre propre responsabilité.

Parce que la Justice ne nous demande pas seulement ce que les autres nous ont fait.

Elle nous demande aussi :

Quelle part ai-je prise dans ce qui s'est construit ?




La couronne : prendre de la hauteur pour voir plus juste

Il reste un symbole que je trouve particulièrement intéressant dans la Justice : sa couronne.

Sur certaines représentations, elle porte en son centre une forme circulaire, placée presque à l'endroit du troisième œil.

On peut bien sûr la regarder comme un signe d'autorité.

Mais symboliquement, j'aime y voir autre chose : la capacité à prendre de la hauteur pour développer une vision plus juste.

Car nous ne regardons jamais une situation depuis un endroit totalement neutre.

Nous la regardons avec notre histoire, nos blessures, nos croyances, nos peurs, nos attentes.

Nous regardons parfois depuis l'enfant que nous avons été, depuis une ancienne déception, depuis notre besoin d'être reconnu, aimé ou rassuré.

Et tout cela peut venir, inconsciemment, modifier notre balance.

Prendre de la hauteur ne signifie pas nier ce que nous ressentons.

Cela signifie être capable de se demander :

Qu'est-ce qui est réellement en train de se jouer ici ?

Qu'est-ce qui appartient aux faits ?

Qu'est-ce qui appartient à mon interprétation ?

Qu'est-ce que cette situation vient réveiller en moi ?

Et qu'est-ce que je ne suis peut-être pas encore capable de voir ?

C'est ici, à mon sens, que la droiture de la Justice rencontre quelque chose d'essentiel : la compassion.

Car voir juste ne consiste pas seulement à voir clair.

C'est pouvoir regarder la réalité sans complaisance tout en restant profondément humain.

La Justice ne nous demande donc peut-être pas de choisir entre la tête et le cœur.

Elle nous invite à développer suffisamment de conscience pour que l'un n'écrase pas l'autre.



Quand la Justice trouve sa juste place

Lorsqu'elle est équilibrée, la Justice possède une qualité rare : elle sait regarder sans détourner les yeux, peser sans manipuler la balance et trancher sans chercher à punir.

Elle incarne alors l'intégrité.

Nos pensées, nos paroles et nos actes commencent à raconter la même histoire.

Nous savons davantage ce qui est important pour nous. Nous pouvons nous positionner sans avoir besoin d'écraser l'autre. Nous pouvons reconnaître une erreur sans nous condamner. Réparer lorsqu'il est encore possible de réparer. Dire non lorsqu'un non est nécessaire. Et parfois changer d'avis lorsque de nouveaux éléments viennent modifier notre compréhension.

Être juste ne signifie donc pas devenir infaillible.

Cela signifie peut-être devenir suffisamment responsable pour pouvoir dire :

« Avec ce que je vois et ce que je comprends aujourd'hui, voilà ce qui me semble juste. Et j'en assume la responsabilité. »

Cette dernière partie me paraît essentielle.

Car tout choix produit des conséquences.


Choisir de parler en produit.

Choisir de se taire aussi.


Partir a des conséquences.

Rester également.


Poser une limite modifie une relation.

Ne jamais en poser la modifie tout autant.


La responsabilité dont parle la Justice n'est donc pas une culpabilité.

C'est la capacité à reconnaître que nos choix participent à ce que nous construisons.



Mais que se passe-t-il lorsque la balance se dérègle ?

Comme tous les arcanes, la Justice possède ses zones de déséquilibre.

Et elles sont particulièrement intéressantes parce qu'elles peuvent prendre deux directions apparemment opposées.

D'un côté, il peut y avoir trop de Justice.

La recherche de justesse devient alors une recherche de perfection.

Il faudrait faire le bon choix.

Trouver la bonne réponse.

Adopter le bon comportement.

Tout devient pesé, analysé, contrôlé.

La capacité de discernement peut se transformer en jugement. La droiture en rigidité. L'exigence en perfectionnisme.

L'épée qui devait permettre de se positionner devient tranchante envers les autres, et souvent terriblement tranchante envers soi-même.

On ne cherche plus ce qui est juste.

On cherche ce qui est irréprochable.

Et puisqu'aucun être humain ne peut l'être, la Justice finit alors par devenir une prison.

Mais il existe aussi l'autre extrême.

Celui où la Justice manque.

La balance est là, mais nous n'en finissons plus de peser.

Un argument d'un côté.

Puis son contraire de l'autre.

Nous savons peut-être qu'une situation ne nous convient plus, mais nous repoussons la décision.

Nous craignons de déplaire.

De nous tromper.

De provoquer un conflit.

De perdre quelque chose.

Alors l'épée reste suspendue.

Nous faisons des compromis qui finissent par nous éloigner de nous-mêmes. Nous acceptons ce que nous ne voulons plus vraiment accepter. Nous laissons parfois les autres décider à notre place.

Et à force de vouloir éviter une décision injuste, nous pouvons finir par maintenir une situation qui ne l'est plus du tout.



Quand notre vérité devient « la vérité »

Il existe encore une autre manière, plus subtile, de déséquilibrer la balance.

C'est lorsque nous sommes tellement convaincus de ce qui est juste que nous ne voyons plus que nous sommes en train de défendre notre propre justice.

Nous pouvons alors argumenter, expliquer, démontrer, parfois même nous battre longtemps contre des situations que nous considérons comme injustes.

Et pourtant…

Est-ce réellement injuste ?

Ou est-ce contraire à ce que, moi, j'aurais voulu ?

La différence est immense.

Car nous regardons toujours la réalité depuis quelque part : notre histoire, nos valeurs, nos blessures, nos attentes, nos expériences.

Notre vérité peut être profondément sincère sans être pour autant toute la vérité.

Et peut-être est-ce justement pour cela que la Justice nous demande de prendre de la hauteur.

Non pour renoncer à nos convictions.

Mais pour rester capables de nous demander :

Et si quelque chose m'échappait ?

Être juste demande parfois autant de courage pour défendre ce en quoi nous croyons que d'humilité pour reconnaître que notre regard n'est qu'un regard parmi d'autres.



Entre rigidité et fuite : accueillir la nuance

C'est probablement ici que la Justice devient, pour moi, beaucoup plus profonde qu'une simple carte d'équilibre.

Parce qu'elle nous confronte à quelque chose que nous aimerions parfois éviter :

la vie n'est pas toujours parfaitement logique.

Nous voudrions parfois qu'il existe une bonne réponse et une mauvaise.

Le juste et l'injuste.

Le vrai et le faux.

Celui qui a raison et celui qui a tort.

Mais les histoires humaines sont rarement aussi simples.

Deux personnes peuvent avoir vécu le même événement et en garder deux vérités profondément différentes.

Nous pouvons aimer quelqu'un et comprendre que nous devons nous éloigner.

Nous pouvons poser une limite et éprouver malgré tout de la tristesse.

Nous pouvons avoir pris une décision qui nous semblait juste et découvrir, plus tard, que nous aurions choisi autrement.

La maturité que nous propose la Justice consiste peut-être justement à pouvoir accueillir ces paradoxes.

À rester droit sans devenir rigide.

À rester sensible sans perdre notre discernement.

À accepter le doute sans renoncer à nous positionner.

Et surtout à nous rappeler ceci :

Ce n'est pas parce que c'est logique que c'est juste.

La logique peut nous aider à comprendre.

Mais elle ne suffit pas toujours à décider.

Parce que l'équilibre dont parle la Justice n'est peut-être pas seulement un calcul entre deux plateaux.

Il est aussi une écoute.

Une perception intérieure de ce qui, à cet instant de notre vie, nous permet de rester en accord avec ce que nous savons profondément de nous-mêmes.



Et si la première question était : suis-je à ma juste place ?

Dans mon travail d'accompagnement transgénérationnel, cette notion de justesse prend une dimension particulière.

Parce que rechercher l'équilibre ne consiste pas toujours à ajouter ou à retirer quelque chose de notre vie.

Parfois, il s'agit simplement de retrouver notre place.

Sommes-nous réellement à la nôtre ?

Ou sommes-nous encore en train de vivre selon ce que l'on attend de nous ?

Est-ce que nous faisons nos propres choix ou continuons-nous, parfois inconsciemment, à être fidèles à une histoire familiale, à une manière d'aimer, de travailler, de nous sacrifier ou de prendre soin des autres ?

Il arrive que nous donnions énormément parce que, dans notre histoire, aimer a toujours voulu dire donner.

Que nous supportions beaucoup parce que partir nous donnerait l'impression de trahir.

Que nous nous sacrifiions parce que choisir pour nous-mêmes ferait naître de la culpabilité.

Que nous acceptions certaines situations non parce qu'elles sont justes pour nous, mais parce qu'elles nous sont familières.

Et là encore, la Justice pourrait simplement déposer sa balance devant nous.

Qu'est-ce qui m'appartient ?

Qu'est-ce que je porte pour les autres ?

Qu'est-ce que je choisis réellement ?

Et qu'est-ce que je continue de subir ?


Retrouver sa juste place ne signifie pas devenir égoïste ni couper tous les liens avec ce qui nous précède.

Cela signifie pouvoir reconnaître notre histoire sans lui abandonner la responsabilité de décider de notre vie.

C'est pouvoir aimer notre famille sans nécessairement reproduire ses choix.

Honorer ceux qui nous ont précédés sans porter ce qui leur appartient.

Et progressivement nous autoriser à choisir ce qui est juste pour la personne que nous sommes devenue.

Peut-être est-ce aussi cela, retrouver l'équilibre :


ne plus vivre contre les autres, ni pour les autres, mais apprendre à vivre depuis soi.


Et maintenant, que serait-il juste de choisir ?

Peut-être est-ce finalement cela que la Justice vient nous enseigner.

Non pas à devenir parfaits.

Non pas à toujours prendre la bonne décision.

Et encore moins à déterminer qui a raison et qui a tort.

Mais à développer, peu à peu, cette capacité à nous regarder avec suffisamment de lucidité pour reconnaître ce qui est encore juste pour nous… et ce qui ne l'est plus.

Car il arrive un moment où nous savons.

Nous savons qu'une situation nous épuise.

Qu'une relation demande à être rééquilibrée.

Qu'une limite aurait besoin d'être posée.

Qu'un choix ne nous ressemble plus.

Que nous continuons parfois à porter, accepter ou entretenir quelque chose par habitude, par peur, par culpabilité ou simplement parce que nous avons toujours fait ainsi.


Et pourtant, savoir ne signifie pas toujours être prêt à agir.

C'est peut-être pour cela que la Justice tient à la fois la balance et l'épée.

Elle nous laisse d'abord regarder.

Peser.

Comprendre.

Prendre de la hauteur.

Puis, lorsque le moment est venu, elle nous rappelle que la conscience appelle parfois un choix.

Pas nécessairement un grand bouleversement.

Parfois, retrouver de la justesse commence par quelque chose de minuscule.

Dire non là où nous aurions dit oui par automatisme.

Demander de l'aide.

Reconnaître que nous nous sommes trompés.

Cesser de vouloir convaincre quelqu'un qui ne voit pas les choses comme nous.

Nous accorder une place que nous donnions toujours aux autres.

Ou simplement accepter qu'une ancienne manière de vivre, de penser ou d'aimer ne corresponde plus à la personne que nous sommes devenue.





Alors, si la Justice venait aujourd'hui s'asseoir devant vous, avec son regard droit, sa balance dans une main et son épée dans l'autre, peut-être ne vous demanderait-elle qu'une chose :

Qu'est-ce qui, dans ma vie aujourd'hui, demande à retrouver sa juste place ?

Et peut-être une seconde :

Qu'est-ce que je sais déjà… mais que je ne suis pas encore tout à fait prêt à regarder ?

Il ne s'agit pas de se juger.

Il s'agit de se rencontrer avec suffisamment d'honnêteté pour ne plus avoir besoin de détourner le regard.

Parce qu'au fond, la Justice nous rappelle peut-être simplement ceci :

« La justesse commence là où tu cesses de te mentir. »



 
 
 

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